My Lady

Mar. 13 novembre 2018, à 20h30
Rencontre avec l'EREOCCITANIE en compagnie Thierry Marmet professeur de Médecine à l'Université Toulouse 3 et Pierrette Aufiere Avocat Honoraire autour du thème du consentement aux soins

my lady

My Lady
de Richard Eyre - Angleterre - 2018 - Int : Emma Thompson, Stanley Tucci, Fionn Whitehead... - 1h46 - VOST

Faut-il obliger un adolescent à recevoir la transfusion qui pourrait le sauver ? Fiona Maye, Juge de la Haute Cour, décide de lui rendre visite, avant de trancher. Leur rencontre bouleversera le cours des choses.

« My lady », film de Richard Eyre, d’après le roman de Ian MacEvan « the children act », 2018.

La comédienne Emma Thompson joue, dans ce film, le rôle d’une juge des affaires familiales à la Haute Cour de justice.  « The Children Act » fait référence à une loi votée au Royaume-Uni en 1989 qui permet de protéger l’intérêt de l’enfant dans le cadre d’un conflit parental.

Emma Thompson incarne remarquablement le rôle de cette juge, très investie, au point de voir son mariage se déliter et son mari s’éloigner d’elle. À la veille d’un week-end, elle reçoit la requête d’un médecin hématologue confronté au refus par un adolescent et ses parents, d’une transfusion sanguine qui pourrait le sauver, dans le contexte d’une leucémie. Cet adolescent  argue et affirme ses convictions religieuses et son appartenance aux témoins de Jéhovah. Ses parents confortent son refus, mais il apparaîtra très vite dans le déroulé du film, combien leur posture est fragile. Ainsi est mis en scène le poids de la religion sur l’autonomie et la liberté de choisir ce qui est bon et les risques encourus.

Le dilemme est posé : l’intérêt de l’enfant réside-t-il dans le respect de ses convictions religieuses ou dans la contrainte à accepter le traitement médical qui pourrait lui sauver la vie ? L’enjeu est de taille, pour les témoins de Jéhovah, accepter une transfusion de sang hétérologue conduit à  être voué à l’enfer, mais surtout à la stigmatisation, au rejet, à l’isolement de la part de la communauté.

Le film « My lady » n’apporte pas de réponse et ne prend pas parti sur le sujet soulevé. Mais la juge, cette femme de pouvoir, va prendre la décision insolite pour elle, ses proches et ses collaborateurs, de rencontrer cette adolescent, avant de statuer sur son refus. Il est un pur moment de grâce dans la rencontre de cet adolescent et de la  juge. Si la décision de la juge reste de type paternaliste : c’est elle qui décide de l’intérêt de l’enfant, cela ne va pas être sans conséquences, compte tenu de l’attachement pour elle qui naît  chez cet adolescent.

Voilà notre juge embarrassée par les diverses tentatives de l’ adolescent pour être en relation avec elle. On mesure combien ses convictions vacillent, notamment concernant  l’asymétrie entre elle et les personnes pour lesquelles elle prend des décisions. Elle s’humanise.

Ce film peut paraître quelque peu superficiel, mais il permet de réfléchir  sur la question du consentement aux soins et sur la tension éthique entre la bienfaisance et le respect de l’autonomie des personnes. Il  interroge aussi le principe philosophique de justice dans le questionnement du caractère bon de la loi.

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