Avec : Gael García Bernal, Ângela Ramos, Ronnie Lazaro, Amado Arjay Babon, Dario Yazbek Bernal
Magellan, navigateur portugais épris de liberté, se rebelle contre l’autorité du Roi qui refuse de soutenir ses rêves d’exploration. Porté par une soif insatiable de découvrir les confins du monde, il convainc la Couronne espagnole de financer une expédition audacieuse vers les terres mythiques de l’Est. Mais le voyage se transforme en un périple éprouvant : la faim, les tempêtes et les mutineries mettent l’équipage à genoux. Lorsque Magellan atteint enfin les îles de l’archipel malais, l’explorateur idéaliste s’efface pour laisser place à un conquérant obsédé par la domination et la conversion, provoquant des soulèvements violents qui commencent à lui échapper… Ce n’est pas le mythe de Magellan, mais la vérité de son voyage.
Composant une fresque somptueuse où chaque plan est comme un tableau, Lav Diaz nous embarque dans un fascinant voyage dans le temps. "Magellan" navigue à contre-courant de notre époque. Radical et somptueux (notamment dans ses scènes maritimes), le film nous appelle à croire en une patience salutaire face à la nature odieuse des hommes. Cette persévérance millénaire paraît éprouvante ; elle n’en est pas moins précieuse. Le corps politique (car Magellan, en tirant parti de la montée en puissance du royaume d’Espagne et en se faisant juge despotique pour une histoire de mœurs sur sa flotte, est une figure politique) contribue à sa désintégration en servant ses propres desseins de grandeur. La leçon peut paraître évidente, mais elle résonne brutalement aujourd’hui dans une époque où l’individualisation et l’autoritarisme rampant du pouvoir politique, soutenus par des puissances économiques cupides et opportunes, contribuent à la déstabilisation des démocraties. La Septième Obsession
Magellan a toujours été le paradigme de l’explorateur, le modèle pour quiconque veut aller au-delà du monde connu, comme les astronautes. La saga de Magellan, son périple, reste une référence. Mais Magellan est aussi un modèle pour ceux qui cherchent à découvrir de nouvelles possibilités. Comme dans le cinéma, où l’on croit encore pouvoir repousser les limites du médium, Magellan regardait le monde en déclarant : « Nous trouverons bien quelque chose qui n’avait encore jamais été découvert. » C’est le rêve romantique qui conçoit le paradis sur Terre comme une grande découverte à accomplir. Magellan savait qu’il ne pourrait pas devenir roi, mais il pouvait trouver un endroit quelque part où réaliser ses rêves, ses ambitions.
Il était en avance sur son temps, tout comme Vasco de Gama et les autres explorateurs, car ils savaient qu’il demeurait de nouvelles frontières à franchir.
Pour moi, c’est aussi la vocation du cinéma. On peut toujours aller plus loin. Je suis convaincu que si l’on continue de repousser les frontières du cinéma, on découvrira quelque chose de nouveau, de plus pertinent. Il faut détruire les murs de la peur pour découvrir de nouveaux horizons. Nous pouvons encore trouver des îles d’or quelque part.
Lav Diaz