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André Robillard, en compagnie

Film de Documentaire de Henri-François Imbert - France - sortie le 14 novembre 2018 - 1h32

En 1964, André Robillard s’est mis à fabriquer des fusils avec des matériaux de récupération, ramassés au hasard de ses promenades dans l’hôpital psychiatrique où il vivait près d'Orléans. Aujourd’hui, à 87 ans, André demeure toujours dans cet hôpital, où il est entré à l’âge de neuf ans il y a 78 ans. Entre temps, il est devenu un artiste internationalement reconnu du champ de l’Art Brut. Lors d’un voyage d’André à l’Hôpital de Saint-Alban, en Lozère, pour présenter une création théâtrale à laquelle il participe, tout se relie enfin : l'Art Brut, la psychiatrie, la Résistance. L'histoire d'André Robillard croise en effet celle de la Psychothérapie Institutionnelle, véritable révolution du regard sur la folie, opérée au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.
NOTE DU CINÉASTELorsque j’ai commencé ce travail il y a 25 ans*, André Robillard n’était pas encore le grand classique de l’Art Brut qu’il est devenu aujourd’hui. Ma caméra était une des toutes premières à croiser sa route, et je crois que d’une certaine façon, André était en quête de reconnaissance et que mon premier film a conforté sa position d’artiste. Je n’avais pas même abordé la thématique de l’hôpital dans ce premier film, comprenant que ce qui était important pour André, c’était d’être reconnu comme artiste et surtout pas comme patient. Et puis nous avons fait un deuxième film, 20 ans plus tard. Entre-temps, André était certainement devenu le plus ancien patient de l’hôpital psychiatrique en France, ayant séjourné plus de 70 ans dans le même hôpital, celui où il demeure encore aujourd’hui; et c’est dans une exploration de l’hôpital, son univers depuis toujours, qu’André m’a entraîné avec ce nouveau film. Puis, comme André s’était lancé dans l’incroyable aventure d’une carrière théâtrale, à 80 ans, nous avons fait un troisième film, pour lequel je l’ai suivi dans ses voyages pour le théâtre en plus de ses expositions. À l’occasion d’un voyage à Saint-Alban, en Lozère, où André était invité à jouer, nous revenons sur l’invention de la Psychothérapie Institutionnelle, dont l’histoire d’André à l’hôpital est finalement une sorte d’aboutissement. C’est là, à l’hôpital de Saint-Alban, que François Tosquelles, Lucien Bonnafé et d’autres psychiatres ont inventé une psychiatrie plus humaine, véritable ré- volution du regard sur les patients.Les trois films peuvent se voir comme un ensemble, réalisé sur 25 ans, mais ils sont aussi bien sûr indépendants, en ce sens qu’ils proposent chacun un récit, autonome et singulier. Si le premier film présentait l’artiste et son œuvre, tandis que le deuxième revenait sur son passé et sa vie à l’hôpital, le troisième film permet d’envisager comment tout cela a été possible. Comment un homme, relégué à une situation d’abandon et d’enfermement, a pu non seulement se mettre à créer, mais y être encouragé; comment aussi des médecins, depuis 50 ans, ont pu découvrir ce travail et favoriser sa reconnaissance dans le champ de l’Art Brut, en le communiquant dès sa découverte à Jean Dubuffet. Toutes ces questions résonnent bien sûr avec notre pré- sent, le devenir de la psychiatrie à l’hôpital et le retour aujourd’hui à des pratiques d’isolement et de contention que l’on croyait disparues.Avec ce troisième film, j’achève (provisoirement peut- être) 25 ans de travail avec André Robillard; 25 années au cours desquelles j’ai fait d’autres films aussi, tout en revenant régulièrement chez André. Il me reste maintenant à faire vivre ce travail, à partager cette expérience d’un compagnonnage cinématographique de 25 ans autour de l’Art Brut et de l’histoire de la psychiatrie.H-F. Imbert   ENTRETIEN AVEC HENRI-FRANÇOIS IMBERTDans ce nouveau film avec André Robillard, vous avez choisi d’aborder son histoire, en évoquant notamment la Psychothérapie Institutionnelle, sujet que vous n’aviez pas abordé précédemment. Pourquoi à ce moment-là ?En 2012, le metteur en scène Alexis Forestier et André Robillard ont été invités à jouer leur spectacle à l’hôpital de Saint-Alban. Je suis allé les filmer et je me suis rendu compte que ce film nous amenait à l’histoire de la Psychothérapie Institutionnelle Étiez-vous attiré par l’histoire de Saint-Alban ? Oui, j’étais déjà allé deux fois à Saint-Alban, c’est un lieu qui m’attirait depuis longtemps, à la fois pour l’histoire de la Psychothérapie Institutionnelle et pour celle de la Résistance. Les deux histoires se recoupent en fait. Les psychiatres qui ont créé la Psychothérapie Institutionnelle, autour de François Tosquelles, ont accueilli des résistants à Saint-Alban pendant la guerre. Les deux postures se rejoignent, la posture humaniste qui dit qu’un fou est un homme et la posture de résis- tance qui dit qu’un homme doit vivre libre.Le créateur d’Art Brut Auguste Forestier, qui est l’ar- tiste préféré d’André, a vécu là-bas. J’avais commencé un film sur lui en 1993, jamais abouti, dans lequel André visitait l’exposition Forestier organisée par L’Aracine. Vingt ans plus tard, nous étions sur place à Saint-Alban, là où il avait vécu, et d’une certaine façon, nous faisons ce film sur Forestier que je n’avais pas réussi à faire à l’époque, à l’intérieur de ce nouveau film sur André. C’est votre troisième film sur André Robillard, mais le pre- mier pour le cinéma. Oui, il fallait raconter l’histoire d’André et me situer dans cette histoire. Partir des liens un peu magiques, les coïncidences, les aléas, des choses très ténues qui tout à coup font sens,même si ce sens est fragile, comme de retrouver la piste de Roger Gentis en me promenant à Saint-Alban, alors qu’il est pour moi le médecin d’André à Fleury-les-Aubrais. Je ne peux éclairer ce genre de liens que par une narration en voix off, un récit à la première personne. Il y a aussi Alexis Forestier, qui nous emmène en voyage avec son spectacle. Malgré la densité narrative du film, vous arrivez à lui in- suffler une forme de légèreté. Oui, il faut faire avec les limites du cinéma, la durée du film, la complexité des informations et l’idée de raconter une histoire. J’essaie d’amener les choses de manière poétique, par des liens avec les personnages ou les faits. Je tente de trouver un rythme cohérent avec mon travail, un travail au long cours, qui prend le temps de chercher la forme qui convient au film. C’est un travail artisanal aussi, dans un espace de liberté qui ne dépend que du projet lui-même, de la relation avec mes personnages et de notre désir commun pour le film que l’on fait ensemble.En dehors de l’historien de l’art Michel Thévoz, qui accueille André pour le vernissage de son exposition à la Collection de l’Art Brut de Lausanne, le film ne contient aucun commentaire d’experts.Michel Thévoz a présenté les premiers fusils d’André dès l’ouverture de la Collection de l’Art Brut à Lau- sanne en 1976. C’est un personnage historique de la vie d’André, ce n’est pas juste un connaisseur: il lui a permis de renaître. Cela parle aussi de mon travail, dans une sorte de couche souterraine du récit. J’y pense maintenant, mais le film est encadré par ces deux personnages: au début, Madeleine Lommel, de l’association L’Aracine, qui m’a proposé d’aller filmer André Robillard, en 1993; et à la fin, Michel Thévoz, qui m’a accueilli avec ce premier film sur André. C’est un hommage. Ils sont pour moi comme des repères. Entretien réalisé par Quentin Mével,extrait du livre Henri-François Imbert, libre cours,à paraître en novembre 2018 aux éditions Playlist Society.

Séances

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